Pensée critique en gestion de projet : définition, enjeux et méthodes (+Exemples pratiques)

Commençons par une boutade : Ne confondons pas la « pensée de critique » et « la pensée critique » ! 

  • La première est destructive, polémique, et l'opposé de ce que l'on cherche à faire dans un projet : Construire ! 
  • La seconde, dans un contexte où les projets deviennent de plus en plus complexes et dynamiques, devient une sorte de pré requis pour les chefs de projet, pour « séparer le grain de l’ivraie », comme on dit parfois, et prendre les meilleures décisions possibles !

Ce n’est pas seulement collecter des informations, analyser les données ou résoudre des problèmes.

C’est également adopter une approche systématique pour évaluer les situations, identifier les biais (et les éviter) et apporter des solutions tout en tenant compte des parties prenantes et des objectifs stratégiques.

Voyons à suivre plus en détails la place de la pensée critique dans la gestion de projets.

À commencer par ce qu’est la pensée critique et son importance dans la gestion de projet. Ensuite, comment l'intégrer dans son quotidien et quelques exemples.

le kit du chef de projet 0923
outils du chef de projet 0923

Qu’est-ce que la pensée critique en gestion de projet ?

On peut définir la pensée critique comme un processus cognitif structuré qui vise à identifier les problèmes, évaluer les informations disponibles de manière objective, et prendre des décisions éclairées

C’est un peu avoir une sorte de « filtre » afin de :

  • Conserver une vision objective des solutions, 
  • Ne pas se laisser aller au plus simple,
  • Ne pas céder à des automatismes de pensée,
  • Ne pas céder à l’influence de l’émotionnel et du personnel.

Cela veut donc dire :

  • Remettre en question les hypothèses existantes.
  • S’efforcer d’avoir constamment les informations et données pertinentes.
  • Évaluer l’impact réel des décisions prises.
  • Identifier les alternatives souvent négligées.
  • Prendre en compte différents points de vue et comprendre les implications d’un choix dans un contexte complexe.

Pour reprendre un parallèle décrit dans un précédent article lié à la culture japonaise : 

« Objectivité -誠の道を守ること (makoto no michi o mamoru koto) - Chacun doit être loyal et protéger la voie de la vérité »

On peut également se référer à Socrate, considéré comme le père de la pensée critique.

Il utilisait la maïeutique (l'art d’accoucher les esprits) et l’ironie socratique pour amener ses interlocuteurs à remettre en question leurs certitudes.

Sa méthode dialectique, basée sur le questionnement systématique, est un pilier de l’esprit critique.

Attention ! La pensée critique vient en complément de la maîtrise des méthodologies et procédures, et non pas en substitution !

Il est inutile de vouloir remettre tout en cause, chercher constamment des nouvelles solutions.

La pensée critique est une manière de rester en alerte, de ne pas s’assoupir sur un suivi mécanique, automatique des procédures et process.

Avoir une pensée critique dans une situation donnée, c’est être capable de remettre en cause exceptionnellement un process qui ne s’adapte pas, sans pour autant rejeter toute la méthodologie associée.

C’est détecter « l’exception qui confirme la règle ».

C’est savoir identifier des points qui ne suivent pas la courbe traditionnelle et les traiter comme tels.

Pensée critique et IA

Un excellent exemple actuel concerne l’utilisation de l’IA Générative dans la gestion de projet .

Il n’est pas question de l’accepter inconditionnellement ou de la rejeter, mais d’analyser au cas par cas, ce qu’elle peut apporter, quelles sont ses forces et faiblesses.

La pensée critique est-elle une soft skill ?

Le terme de Soft Skill englobe diverses « qualités généralement liées à la communication, les relations humaines, la négociation, etc …

Même si la pensée critique n’est pas toujours citée, on peut considérer qu’elle en fait partie. En effet, une pensée critique efficace c’est : 

  • Une prise de décision éclairée
  • Un atout dans la résolution de problème
  • Un apport dans la gestion des parties prenantes
  • Un œil éclairé dans l’anticipation des risques
  • Une composante de l’état d’esprit d’amélioration continue

La pensée critique n’est pas seulement utile, elle est indispensable pour piloter un projet avec rigueur, agilité et efficacité et fait partie du kit de base des Soft Skills.

Démarche de résolution de problèmes
La démarche de résolution de problème

Quelle est l'importance de la pensée critique dans la gestion de projets ?

Un chef de projet a acquis une expertise technique en termes méthodologiques.

Cependant, gérer des projets à un niveau stratégique nécessite une capacité à :

  • Comprendre les interdépendances dans les environnements organisationnels.
  • Naviguer dans des situations ambiguës où les solutions ne sont pas évidentes.
  • Identifier les risques et opportunités qui ne sont pas immédiatement visibles.
  • Gérer les attentes parfois contradictoires des parties prenantes.
  • Être capable de prendre les bonnes décisions avec des données partielles et souvent « dynamiques ».

D’une certaine manière, intégrer la pensée critique dans la gestion de projet, c’est :

Comment l’intégrer dans son quotidien ?

Ceci-dit, comment intégrer la pensée critique dans la gestion de projet, la pratiquer et l’améliorer ?

Tout d’abord, considérons que c’est un état d’esprit, une approche.

L’idée est d’allier rigueur, pragmatisme et adaptabilité — des qualités clés dans la gestion de projet.

Une autre façon de voir les choses est de dire que la pensée critique est une manière de ne pas se satisfaire d’une certaine zone de confort décisionnelle et intellectuelle et de rester constamment en alerte.

Pour ce faire, voyons quelques méthodes et outils dans les lignes suivantes.

Adopter un cadre d’analyse en Pensée critique

Nous avons ici trois méthodes classiques pour faciliter la prise de décision et la définition de priorités :

  • La méthode des 5 pourquoi, issue du contexte Toyota : aller à fond, à la recherche de l’origine du problème, afin de fournir une réponse adaptée et définitive.
  • La présentation SWOT (Strengths - Weaknesses - Opportunities - Threats) qui permet de réfléchir sur les forces et faiblesses du projet, ainsi que les opportunités et menaces qui peuvent l’affecter.
  • La Matrice d’Eisenhower qui permet de mieux comprendre, visuellement la différence entre l’urgent et l’important.

1) Cartographier les biais cognitifs

Nous avons tous des biais cognitifs qui peuvent influencer négativement certaines prises de décisions. 

Le premier pas est d'en prendre conscience pour ensuite mieux les gérer. 

Voyons quelques approches permettant d’éviter les pièges courants :

  • Contre les biais de confirmation : Chercher activement des informations qui contredisent vos hypothèses.
  • Pour limiter l’effet Dunning-Kruger : Reconnaître les limites de ses compétences et solliciter des avis externes.
  • Pour se préserver de l’ancre mentale : Éviter de s’enfermer dans une première impression (ex. : estimer un budget sans se laisser influencer par un chiffre initial arbitraire).

2) Diversifier les sources d’information

Avoir une seule source d’information peut créer des biais cognitifs et des prises de décisions subjectives.

Il est donc important de maintenir des sources différentes et maintenir justement « un esprit critique » concernant les informations reçues.

  • Croiser les points de vue : Impliquer des équipes aux profils variés (technique, commercial, utilisateur final) pour challenger les idées.
  • Utiliser des techniques de brainstorming structuré : ex. : Six Chapeaux de réflexion d’Edward de Bono) pour explorer un sujet sous plusieurs angles (émotion, faits, critique, optimiste, créativité, processus).

La règle des deux sources des Services Secrets :

Objectif : Éviter les manipulations, les erreurs ou les intoxications en exigeant qu’une information soit confirmée par au moins deux sources indépendantes avant d’être considérée comme fiable.

La technique : Avoir des sources indépendantes et distinctes. Cela signifie que les deux sources ne doivent pas :

  • Se connaître (ex. : un informateur local et un document interne).
  • Dépendre du même réseau (ex. : deux agents d’une même cellule).
  • Utiliser la même origine (ex. : deux articles de presse reprenant la même dépêche AFP).

Ensuite il faut réaliser un recoupement actif : Les analystes croisent les informations pour identifier :

  • Les convergences (ex. : même lieu, même date, détails identiques).
  • Les divergences (qui révèlent des biais ou des manipulations).

Si les sources se contredisent, l’information est classée comme non confirmée ou fait l’objet d’une enquête complémentaire.

3) Encourager la culture du feedback

Le feedback est un sujet sensible, pas seulement pour la gestion de projets.

C’est un élément essentiel pour éviter l’excès de statu quo, de rester sur des suppositions, des prémisses qui peuvent changer dans un monde en évolution.

Favoriser la culture du feedback

4) Pratiquer l’auto-évaluation

D’un point de vue plus personnel, le chef de projet peut améliorer ses capacités d’esprit critique en pratiquant une sorte d’introspection :

4.1) Tenir un journal de décision

  • Noter les choix clés, les critères utilisés et les résultats obtenus. Relire régulièrement pour identifier des schémas de pensée récurrents (ex. : tendance à l’optimisme excessif).
  • Auto-questionnement systématique : 
    • « Quelles preuves soutiennent cette conclusion ? »
    • « Existe-t-il une explication alternative ? »
    • « Si je me trompe, quelles en seraient les conséquences ? »

4.2) Prendre du recul

Il est souvent conseillé d’avoir une bonne nuit de sommeil avant de prendre une décision importante. Le fait est qu’il vaut mieux éviter de prendre des décisions « à chaud ».

Certes, certaines décisions doivent être prises rapidement, dans le feu de l’action, mais la majorité d’entre elles acceptent un « temps de réflexion ».

Laissez l’idée mûrir, laissez travailler votre inconscient. Échangez avec d’autres personnes.

5) Se former et outiller à la pensée critique en gestion de projet

On peut également améliorer son « esprit critique » de manière plus conventionnelle.

  • Lire des études de cas (ex. : échecs de projets comme le Chaos Report du Standish Group) pour analyser les erreurs des autres.
  • MOOC Coursera : Compétence en Esprit Critique (Université de Californie).
  • Webinar : Critical Thinking for Project Leader du PMI
  • Approfondir ses connaissances en termes de gestion de risques, et aborder la gestion de projet de manière plus quantitative (simulation Monte-Carlo).
  • Former également son équipe à la pensée critique : Mettre en place des sessions régulières de brainstorming ou des ateliers pour apprendre à l’équipe à identifier les biais inconscients et à réfléchir en tenant compte des objectifs communs.

Pensée critique : Exemples pratiques

Voyons maintenant quelques exemples pratiques confirmant l’utilisation de la « pensée critique » dans l’environnement projet.

Exemple 1 : Évaluer une proposition de fournisseur

  • Décortiquer les arguments : Distinguer les faits (coûts, délais garantis) des opinions (« ce fournisseur est le meilleur »).
  • Confirmer l’indispensable du « désirable » : Une approche « MoSCoW » permet de confirmer les priorités et diminuer l’influence des discours « commerciaux ».
  • Utiliser des matrices contenant des critères d’évaluation et les faire remplir par plusieurs personnes de différents départements. 
  • Considérer les scénarios alternatifs : « Que se passe-t-il si le délai est dépassé de 20 % ? », « Avons-nous un plan B ? ».

Exemple 2 : Résoudre un conflit d’équipe

  • Dépersonnaliser le débat : Se concentrer sur les processus, les faits et les données, pas sur les personnes.
  • Utiliser la reformulation : « Si je comprends bien, ton inquiétude porte sur X. Est-ce exact ? » pour clarifier les enjeux.
  • Impliquer des tiers comme les RH : avoir un point de vue externe, moins impliqué.
Le guide de la gestion des conflits
Démarche de gestion des conflits

Conclusion

Au premier abord, on pourrait penser que le concept de « pensée critique en gestion de projet » est un luxe réservé aux intellectuels ou aux consultants externes.

En fait, c’est une compétence fondamentale que chaque chef de projet doit maîtriser, améliorer et pratiquer, plus les projets devenant complexes et stratégiques. 

L’intégration de la pensée critique dans vos pratiques de gestion de projet ne garantit pas seulement de meilleures décisions.

C’est également une manière de maintenir son esprit « alerte » et d’éviter la facilité d’une zone de confort décisionnelle et intellectuelle. 

Ce n’est pas remettre tout en cause tout le temps, mais avoir un œil lucide et pragmatique sur ce qui se passe.

Alors, prenez le temps de cultiver cette compétence, utilisez les outils à votre disposition, non seulement pour votre évolution professionnelle, mais aussi pour le succès durable des projets qui vous sont confiés.

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Christophe Delalande

A propos de l'auteur

Passionné par la gestion de projet depuis sa certification PMP en 2005, Christophe a géré des projets, des programmes et des portefeuilles, réalisé des intégrations de systèmes informatiques en contexte international sur les 4 continents, et plus particulièrement en Amérique du Sud.
Il travaille quotidiennement en Anglais, Espagnol, Français et Portugais.
Également certifié PMI-RMP et PMI-ACP, il continue à se mettre à jour d’un point de vue technique et méthodologique.
Il est également ceinture noire de Karaté Shotokan. En savoir plus sur Christophe et ses publications

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